"2012. État d’urgence" de François Bayrou : premières impressions.

 
Ceci est une révolution le dernier ouvrage de François Bayrou, président du Mouvement démocrate, dans lequel il propose une analyse de la situation française avant de donner deux voies à utiliser : la production et l’éducation.
Si son diagnostic est le plus souvent pertinent (rythme législatif trop élevé, nombre insuffisant de PME, syndicalisation insuffisante…), je suis plus dubitatif sur les remèdes et certaines propositions :
  • Le fait que le Président de la République « ne peut pas être le chef d’un clan en son pays. Il représente le pays tout entier, dans la diversité de ses opinions […] » (p. 151) me parait dès plus idéaliste et irréaliste car le Président sort d’un moule, celui d’un parti.
  • Concernant par exemple la faiblesse de la syndicalisation en France (8% des employés), M. Bayrou la regrette mais ne propose rien.
  • M. Bayrou reprend le modèle allemand pour dire que la France doit s’en inspirer pour nous relancer. Mais ce modèle repose sur l’exportation avec une faible consommation intérieure due à une compression des salaires avec pour résultat une hausse des inégalités et de la précarité, une croissance faible. Or, le modèle français reposant sur la consommation intérieure, l’application du modèle d’outre-Rhin pourrait être catastrophique.
  • Pour ce qui est de la démondialisation, M. Bayrou dit que le protectionnisme « n’a jamais marché » (p. 39). Or, dans certaines conditions particulières, cela fonctionne bien mieux que le libre-échange comme l’a montré l’historien Paul Bairoch dans Mythes et paradoxes de l’histoire économique
  • Enfin, je trouve que M. Bayrou passe bien vite sur son « plan pour les finances publiques » avec pas plus de 43 lignes sur le sujet (p. 105-107). Plan qui ne tient pas la route à mon avis  pour les raisons suivantes :
  1. Sous-estimation du montant des niches fiscales (il ne parle pas des niches déclassées) et en en conservant trop alors que leur efficacité est toute relative ;
  2. en menaçant la croissance avec une hausse de deux points de la TVA alors qu’il espère récupérer 20 milliards grâce à « la politique de soutien à la production […], de l’investissement consécutif au grand emprunt, une croissance améliorée » (p. 107) ;
  3. en n’augmentant pas suffisamment les plus hautes tranches de l’impôt sur le revenu (45 % au lieu de 41 % plus une tranche marginale de 50 % pour les « revenus très élevés » : combien ?).
  4. en récupérant on ne sait comment 15 milliards sur les budgets sociaux. Enfin si, en réformant les retraites et en trouvant un meilleur équilibre pour l’assurance maladie. Très bien mais pourrait-on avoir quelques détails ?
  5. en baissant les interventions de l’État : c’est à dire en diminuant son train de vie, ses interventions envers les entreprises (question : et les fameuses PME ?), les collectivités locales (Question : pourrait-on avoir plus de détails et allez-vous au moins effectuer les transferts financiers qui n’ont pas eu lieu sous M. Sarkozy ?) et en continuant « avec discernement«  la diminution du nombre de fonctionnaire.
Pour conclure, un livre très bien écrit par un auteur volontaire qui nous donne une analyse intéressante mais qui laisse pas mal de questions en suspens pour ce qui est de la solution.