Réflexions sur la dissuasion nucléaire.

Dans le contexte de restriction budgétaire actuel, le budget du ministère de la Défense connaitra une nouvelle baisse de ses crédits. La dissuasion nucléaire, assurance-vie de la France, représente une part non-négligeable des dépenses des forces armées ; 10,92 % en moyenne depuis l’an 2000.
Si la disparition pure est simple ne parait ni envisageable ni souhaitable, la question de la réduction de son ampleur peut légitiment se poser. En effet, la France dispose de 300 têtes nucléaires, soit moins de 2 % des têtes existantes, mais 3 fois plus que celles à disposition d’Israël dont la situation géopolitique est plus brûlante que la nôtre.

La dissuasion repose sur deux piliers : 
  1. la Force aérienne stratégique (FAS), équipée de rafales, de ravitailleurs, de mirages 2000 soit 3 escadrons dont un de ravitailleurs ;
  2. la Force océanique stratégique (FOST) équipée des SNLE (4) et SNA (6), les seconds devant, entre autre, protéger les premiers. 

Avantages et inconvénients des FAS.

Le vecteur aérien a l’avantage d’être mobilisable très rapidement et d’être déployé à grande distance rapidement. Bien que son allonge soit limitée à 1900 km environ, le ravitaillement en vol ou au sol sur des bases-relais permet de rallonger celle-ci.  Il faut ajouter à ce rayon d’action la porté du missile nucléaire ASMP-A : 800 km. Malgré tout, cela pose un gros problème : la destruction ou l’indisponibilité des ravitailleurs réduit drastiquement le rayon d’action de la FAS ; de surcroit, le rafale ou le mirage pourrait être aisément (?) détruit dans le cas d’une interception face à un adversaire disposant des technologies nécessaires — surtout que l’utilisation de l’arme nucléaire ne pourrait être que difficilement justifiée face à un adversaire inférieur technologiquement.

    Avantages et inconvénients des FOST.

    Les SNLE ont l’avantage :

    • d’une discrétion pour ainsi absolue — l’accident entre le Le Triomphant et le HMS Vanguard le prouve ;
    •  d’un rayon d’action limité uniquement par le ravitaillement en vivre de l’équipage, soit 70 jours ;
    • d’un armement d’une portée de plus de 8 000 km.

    L’inconvénient principal est le délai de tir dû à la vitesse du SNLE mais il reste limité car un tir sur la capitale de la Nouvelle-Zélande, Wellington, depuis un sous-marin partant de la base de l’Ile longue prendrait entre 10 (passage par l’arctique et le détroit de Béring) et 15 jours (passage par le Cap de Bonne-Espérance). 

    Comparaison budgétaire.


    Le graphique ci-dessus, réalisé à partir des avis de la Commission de la Défense sur le lois des finances, montre que la FOST représente la majeur partie des coûts du fait de la construction des SNLE de la classe Triomphant (4 282 millions l’unité pour un dépassement de coût de près de 59 %), des missiles M-51, des adaptations des infrastructures… Apparemment, la FOST représente 50 % des crédits sur la période 2009-2014.
    Les Forces aériennes stratégiques représentent un coût extrêmement limité par rapport à la FOST mais doit faire face au problème du remplacement des indispensables ravitailleurs. Par contre, les rafales ont l’avantage d’être peu coûteux par rapport aux sous-marinx et surtout plus nombreux : 142,3 millions d’euros par appareil.
    La perte d’un SNLE serait une catastrophe budgétaire (et environnementale) tandis que le rafale peut facilement être remplacé pour un coût 30 fois inférieur.


    Conclusion.





    La baisse du budget de la Défense oblige à faire des choix, en particulier en terme d’équipement des forces bien que cela soit souvent contreproductif sur le long terme. S’ils ont effectivement baissé, les crédits alloués à l’équipement de la dissuasion n’ont pas suivi la même pente : la dissuasion est bien « sanctuarisée ». Le démantèlement d’une des composantes pourrait dégager des fonds pour financer d’autres équipements à budget constant. La disparition des SNLE ne parait pas possible car les SNLE de la classe Le Triomphant sont neufs et la majorité des dépenses d’équipement ont été faites. De plus, c’est celle qui parait la plus fiable car la destruction des SNLE au cours d’un conflit parait peut probable aujourd’hui et dans les années à venir. La disparition des FAS implique des économies plus faibles mais permettrait de redéployer les appareils sur des missions classiques et de régler le problème des avions-ravitailleurs, du moins pour quelques temps. Par contre, le non-renouvellement des SNLE dans une trentaine d’année permettrait de financer largement deux porte-avions et un ou deux SNA supplémentaires.


    Sources