France, Japon & développement durable.

Différents séismes et tsunamis (dont principalement le dernier en date, celui du 11 mars 2011) ont amené la destruction ou le ralentissement des centrales nucléaires japonaises, entrainant de facto une pénurie d’énergie électrique. La menace sismique étant élevée, la construction de centrale nucléaire au Japon est une absurdité, un manque total de prise en compte des risques dans un pays qui ne connait que trop bien les effets nocifs du nucléaire1. Bien qu’il aurait été difficile de remplacer une telle source d’énergie si ce n’est par des moyens bien plus polluants (charbon), la question ne se pose pas quand on sait que le nucléaire ne couvre que 29 % (soit 45 000 MW) des besoins énergétiques du Japon (qui a besoin de 8 500 kWh/an/personne contre 7 400 kWh pour la France en 2009)2.


Les énergies renouvelables ne représentent que 10 % de la capacité énergétique du Japon2, la France produit en 2008 14,4 % de son électricité à partir d’énergies renouvelables, la Lettonie 41,2 %, l’Islande 109,4 % (géothermie)3. Même si le Japon est en retard en terme de production, cela n’est absolument pas le cas en terme de R&D. En effet, les entreprises japonnaises, entre 2000 et 2005, ont déposé 23 % des brevets concernant l’éolien (second derrière l’Allemagne), 50 % (1er mondial) pour le photovoltaïque et 60 % (1er) pour la pile à combustible4. Aussi, si le Japon ne dispose pas actuellement d’une capacité gigantesque en terme de production, il a les capacités techniques pour les augmenter de manière conséquentes et de se maintenir en tête du secteur industriel le plus prometteur.


Malgré tout, si les énergies renouvelables sont un moyen de rendre plus ou moins indépendant énergiquement, il reste un problème de taille. En effet, la Chine dispose de plusieurs atouts : outre une main d’oeuvre peu coûteuse qui permet à l’entreprise Suntech d’être le leader mondiale dans le photovoltaïque, la Chine contrôle l’essentiel de la production mondiale des terres/métaux rares sur Terre, éléments indispensables aux hautes technologies5. On ajoutera à terme (avec l’Inde) le plus gros foyer d’ingénieur au monde. Or, la rivalité avec le Japon peut poser/posera problème à plus ou moins long terme en matière de concurrence.


Quant à la France, celle-ci est malheureusement à la ramasse (excusez l’expression) en menant une politique industrielle ne  soutenant pas le développement des énergies renouvelables, au détriment de notre économie nationale. En effet, pour les brevets sur :

  • l’éolien, nous sommes 10ème ;
  • le solaire, 10ème (0,8 % des brevets) ;
  • les piles à combustible, 8ème (1 %).

Lors de la mise en place des plans de relance lors de la crise économico-financière de 2008, la France n’a affecté que 8 % de ces financements aux énergies renouvelables contre 19 % pour l’Allemagne, 34 % pour la Chine et 69 % pour la Corée du Sud (qui est 2ème pour les brevets sur le photovoltaïque, 4ème pour les piles à combustible, 6ème pour l’éolien) 6!


Je finirai en disant que si le Japon met les moyens nécessaires, la reconstruction des zones sinistrées pourrait être l’occasion d’édifier un  modèle durable. Malgré tout cela demandera également une vie plus sobre énergétiquement. On se demandera également quelles seront les conséquences sur Tepco et ses dirigeants bien que l’on puisse être pessimiste quand on voit ce qui s’est passé en Hongrie après la coulée de boue rouge (voir le dernier Monde diplomatique, p. 7).
Je signale au passage que le Monde diplomatique du mois d’avril publie un interessant dossier (entre autres) sur le problème du nucléaire.




Notes.
 1. Voir, ou plutôt écouter à ce propos, l’émission Planète Terre du 30 mars 2011 (France Culture). Page sur le sujet sur le bloc-note de l’émission.
2. Le Japon, puissance nucléaire et culture du risque .
3. Données Eurostats.
4. Guillaume SAINTENY, « Les enjeux géopolitiques des énergies renouvelables », Questions internationales n°45, Paris, La Documentation française, septembre-octobre 2010.
5. Olivier ZAJEC, « Comment la Chine a gagné la bataille des métaux stratégiques », Le Monde diplomatique, Paris, SA Le monde diplomatique, novembre 2010. Lien internet.
6. G. SAINTENY, ibid