Vers une Europe fédérale : quelle langue de travail ?


Cet article a été publié originellement publié sur le site de Sauvons l’Europe.

La crise économique et budgétaire qui touche les États membres de l’Union européenne, et plus particulièrement la Grèce, a amené la création d’instruments de solidarité budgétaire (Fonds européen de stabilité financière/FESF). Mais comme le demande certaines personnalités (Virgilio Dastoli, Jean-Michel Baylet, Alain Juppé), associations (Sauvons l’Europe) ou partis politiques (PRG par exemple), la constitution d’un véritable État fédéral, des États-Unis d’Europe (EUE) semble nécessaire, inévitable à plus ou moins long terme.

Mais même si une Europe fédérale était constituée avec des institutions démocratiques élus par l’ensemble des citoyens européens, ces derniers conserveraient une autre nationalité, celle d’un des États fédérés dont ils sont membres. Ces États resteraient des États-nations car il ne serait pas possible de faire disparaître ce qui fait leur force : une histoire longue, parfois millénaire ; des habitudes culturelles, sociales mais surtout une (ou plusieurs) langue(s).

Or, une Europe fédérale implique des institutions communes (qui existent déjà en partie) et donc de communiquer. Aujourd’hui, le multilinguisme est largement utilisé, puisque obligatoire, il concerne essentiellement les documents finaux et les principales réunions et assemblées1. Pour les autres documents et réunions de moindres importances, le multilinguisme se limite au mieux à trois langues (allemand, anglais, français) mais plus souvent à une seule, l’anglais.

Or, l’établissement d’un véritable État fédéral doit amener un respect total entre les différentes langues nationales, une véritable égalité. Or, il n’y a que deux solutions : 
  • le multilinguisme intégral ; 
  • l’espéranto.

Le multilinguisme intégral a l’avantage de respecter l’ensemble des langues mais est coûteuse et difficile à mettre en œuvre à cause du besoin de très nombreux traducteurs et des relations plus difficiles entre députés, fonctionnaires… du fait de l’absence de vecteur de communication commun neutre.

Or, ce dernier existe d’ores et déjà bien que peu utilisé : la langue dite de Zamenhof, l’espéranto. Sa simplicité et son faible coût d’apprentissage2, sa neutralité, son efficacité dans la traduction et la communication – soulignée par feu l’espérantiste Claude Piron dans Confession d’un fou – lui donne une légitimité certaine pour devenir la lingua franca des futurs États-Unis d’Europe. L’espéranto permettrai de faciliter la communication, les échanges au Parlement européen, dans les différentes agences et administrations européennes pour ce qui est des institutions européennes mais également dans d’autres domaines : 

  • le monde universitaire qui historiquement à toujours eu une langue véhiculaire pour permettre à l’ensemble de ses membres de communiquer par l’écrit (livres, articles…) ou la parole (colloques…) ;  
  • la défense européenne puisque les différentes armées existantes n’ont plus (ou presque plus) les moyens de fonctionner seules en cas de projection sur des théâtres d’opérations extérieurs. L’espéranto serait en plus un symbole de la construction de la défense européenne que l’OTAN, dominée par les États-Unis d’Amérique et donc de langue anglaise, gène.


Pour conclure, je rappellerai que l’absence de langue de travail commune empêchera la formation d’une véritable fédération des États-nations européens respectant toutes leurs différences culturelles, la langue anglaise ne pouvant alors jouer ce rôle. Enfin, l’espéranto n’a aucunement pour but de remplacer les langues nationales, sa valeur propédeutique devant même faciliter l’apprentissage d’autres langues.

 

Notes.
 
1« En ce qui concerne la pratique de l’interprétation, le Parlement européen se distingue des autres organes de l’UE en ceci que le principe du multilinguisme global contrôlé y est respecté dans le travail quotidien. Ceci signifie qu’un service d’interprétation est assuré à partir de toutes les langues officielles de l’Union européenne et vers ces langues. À l’exception de réunions plus restreintes, les séances plénières et les réunions des instances, commissions et groupes parlementaires bénéficient d’une interprétation selon le même principe, dans la mesure où la capacité du service d’interprétation le permet. Pour les langues moins répandues, on vérifie, avant les réunions de plus petites instances, si des députés ayant pour la langue maternelle l’un des ces idiomes rares doivent y participer. Le droit de chaque parlementaire à bénéficier d’une interprétation des débats et de ses propres interventions dans sa langue maternelle est ancré dans le règlement du Parlement. Le Parlement européen incarne ainsi, dans son effort pour garantir l’utilisation de toutes les langues officielles dans la pratique parlementaire, la diversité linguistique de l’UE. » Source : Site de l’Europarlement.
2Soulignés par le rapport de François GRIN, L’enseignement des langues étrangères comme politique publique.
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La solution pour le brevet européen : l’espéranto

La mise en place du brevet européen (article du Monde) a échoué pour une simple question de langue. La défense de l’innovation est essentielle  dans la course à la compétitivité et l’Union européenne doit affronter une faille importante avec les brevets, outils essentiels. En effet, un brevet n’étant valable que dans un pays à la fois, la traduction est nécessaire pour chaque demande de brevet ; ce qui fait exploser les coûts et rend impossible pour des structures de faible taille la défense de leurs innovations.
La commission européenne a proposé de limiter la traduction à trois langues (français, allemand, anglais) mais a essuyé le refus de l’Espagne en particulier car elle considère — avec raison — que cela la discrémine. 
La meilleure solution, en termes de neutralité linguistique et de coût de traduction, serait de mettre l’espéranto comme langue de base pour le brevet. Les entreprises n’auraient plus besoin de faire face à des coûts de traduction extravaguants. On pourra objecter que cela rend inaccessible, en terme de compréhension, les brevets à la majorité de la population. je répondrai que l’apprentissage de l’espéranto est à priori facile (je ne l’ai pas appris) et que les entreprises pourraient parfaitement effectuer par ce biais la traduction en interne. Cela aurait l’avantage de mettre en partie un terme à la prépondérance de l’anglais tout en ne nous faisant pas passer pour des français refusant de reconnaitre notre « infériorité linguistique » mais bien comme des gens pragmatiques et charchant l’égalité (=> lutte sur le terrain du « Soft power« )
Enfin, cette première mise en place de l’espéranto permettrait, peut-être, de lancer enfin une large diffusion de l’espéranto et l’application des idées du rapport Grin.

Plaidoyer pour l’espéranto.

Inventé en 1887 par le polonais russophone Louis-Lazare Zamenhof, seule langue « artificielle » ayant connu un succès durable, l’espéranto dispose d’un certain nombre d’avantages qui pourraient justifier son apprentissage comme première langue étrangère, donc au détriment de l’anglais. En effet, cette langue a une grammaire simple, sans aucune exceptions. Aussi, son apprentissage est des plus facilité : 150 heures environ pour le parler couramment contre 1500 heures pour l’anglais. Cette facilité amène à se poser la question suivante : pourquoi apprendre en 1ère langue, une langue plus difficile et donc à fortiori plus coûteuse ? Le rapport GRIN1 a montré que l’enseignement de l’espéranto en première langue coûterait deux fois moins chère et serait également plus équitable.
Plus équitable ? C’est logique puisque les personnes natives des pays anglophones sont largement avantagés par rapport aux autres dans un marché de l’emploi qui demande de maitriser cette langue. Outre une iniquité sur ce plan, la langue anglaise comporte des nuances qui peuvent tous changer au cours de négociations commerciales : là encore l’anglophone de naissance est avantagé. On peut également ajouté l’hégémonie de la culture anglo-saxonne dont la diffusion est favorisée par le tout-anglais. Autre exemple, les coûts de traduction des documents au sein des organisations internationales et plus particulièrement de l’Union européenne : le Royaume-Uni dépense moins que les autres États membres et bien sûre, ses ressortissants sont avantagés pour les postes à pourvoir du fait de l’exigence de parler un anglais natif.
Si l’Union européenne veut augmenter son « aura » sur la scène internationale, elle pourrait utiliser l’espéranto comme outil et ainsi contrebalancer l’avantage que l’anglais offre au soft-power des États-Unis d’Amérique et des nations anglo-saxonnes.
Le monde scientifique et de la recherche a utilisé pendant très longtemps le latin puis le français pour franchir les barrières linguistiques. C’est donc le monde universitaire qui offre à priori le meilleur milieu pour entamer la diffusion de l’espéranto et ainsi éviter de devoir assister à des colloques en langue anglaise alors que la majorité des spectateurs ne la parle pas à l’origine. Cette dernière remarque n’est pas dénuée de patriotisme2 mais repose aussi sur le principe d’égalité.
2Je n’ai jamais compris pourquoi M. Richard, ministre de la Défense a obligé l’usage unique (?) de l’anglais au sein de l’Eurocorps alors qu’aucune unité de langue anglaise ne s’y trouvait.