L’Arctique et le changement climatique : les conséquences géopolitiques.

Le changement climatique que connaît la Terre a des conséquences plus ou moins importantes selon les régions. L’une des régions qui subit et subira des changements majeurs, tant du point de vue environnemental que de la géopolitique, est l’océan glacial Arctique. L’impact se fait d’ors et déjà sentir comme le montre l’accélération de la fonte des glaces : en juillet 2012, la calotte glaciaire recouvrant le centre du Groenland n’a pas fondu de façon aussi forte depuis 1889 d’après des chercheurs du Darmouth College tandis qu’en 2008, 280 gigatonnes de glace ont disparu dans la mer.

1. États riverains et organisations internationales.

 

L’océan glacial Arctique est encerclé par plusieurs des plus grandes puissances mondiales et d’États de moindres envergures : les États-Unis d’Amérique, la Fédération de Russie, la Norvège, le Danemark via sa province autonome du Groenland, l’Islande.
Il existe plusieurs organismes de coopérations inter-étatiques :

  1. le Conseil euro-arctique de Barents dont la principale mission concerne la gestion des déchets et sous-marins nucléaires de la péninsule de Kola ;
  2. l’Artic Military Environmental Cooperation qui regroupe les États-Unis d’Amérique, la Norvège, le Royaume-Uni et la Russie ayant une mission relativement identique au conseil précédent ;
  3. le Conseil arctique, principal organe de coopération dans la région qui regroupe le Canada, le Danemark, les États-Unis d’Amérique, la Finlande, l’Islande, la Norvège, la Russie, la Suède ainsi qu’une représentation de différents peuples autochtones (la Conférence internationale aléoutienne, le Conseil de l’Arctique athabaskan, le Conseil international gwich’in, la Conférence circumpolaire inuit, l’Association russe des peuples autochtones du Nord, le Conseil saami) avec pour buts, entre autres, la protection de l’environnement et le développement durable. Ce conseil accueille également 26 États et organisations observateurs comme l’ Allemagne, la France, l’Espagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, la Pologne, le Conseil nordique, le PNUE.
Philippe Rekacewicz, 2011.



2. Les enjeux.

 

Une hausse de l’exploitation des ressources naturelles, en particulier énergétiques et minérales. 

 

La disparition de la banquise devrait permettre à terme l’accès aux réserves pétrolières, gazières et minérales que recèle le sous-sol de l’Arctique. Ces réserves sont potentiellement très importantes suivant la matière :

  • 30 % des réserves de gaz conventionnel (7 260 milliards de m3),
  • 13 % de celles de pétrole (90 milliards de barils).

L’ancien gouvernement libéral de la province canadienne du Québec avait lancé en 2011 un « Plan Nord » dans le but de développer l’exploitation des mines de fer situées dans le nord sont l’exploitation était rendue difficile par un coût d’exploitation important induit par des conditions climatiques difficiles et un manque d’infrastructures, en particulier portuaires : la dislocation des glaces permettrait d’exporter facilement le minerai par un nouveau port en eau profonde que le groupe Oceanic Iron Ore Corp. souhaite construire dans la baie d’Ungawa. Mais l’échec d’autres projets similaires du fait de leurs coûts exorbitants pose la question de sa réalisation.
La libération des glaces pourrait également amener une modification du régime des pêches, menaçant ainsi le mode de vie des populations autochtones de la région ; mode de vie largement menacé comme le montre l’érosion de la pratique des langues locales. C’est pourquoi les membres du Standing Committee of Parliamentarians of the Arctic Region ont discuté d’une coopération multilatérale sur la gestion des ressources vivantes.

Vers de futures « autoroutes » maritimes ? 

 

Le réchauffement climatique, en accélérant la débâcle des glaces, va permettre l’ouverture de deux futures « autoroutes » de la mer : le célèbre passage de nord-ouest au large du Canada et de l’Alaska d’un côté et le Sevmorput russe de l’autre. Ces deux voies maritimes permettraient de raccourcir de manière considérable les distances parcourues par les navires de commerce : un trajet Amsterdam–Tokyo passerait de 21 000 kilomètres (via le canal de Suez) à 13 500 en passant par le Sevmorput.
L’État russe a bien compris l’importance future de cet axe largement délaissé depuis la chute de l’URSS en relançant en 2009 la construction de brise-glaces. De plus, l’ouverture de cette route lui permettrait d’exporter les ressources de ses provinces sibériennes et d’améliorer les liens entre ses différentes flottes.
Le passage du nord-ouest, franchi pour la première fois par Roald Amundsen en 1906, pose un problème assez épineux puisque le Canada considère qu’il se trouve sous son entière souveraineté tandis que les États-Unis d’Amérique et l’Union européenne le considèrent comme étant un détroit international régit par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer — dite de Montego Bay.
L’ouverture de ces deux nouvelles routes amène à la création ou au renforcement de certains besoins concernant la sécurité de la navigation : brise-glaces, moyens de surveillance (projet de système satellite russe Arktika et son équivalentcanadien), de recherche et de secours (des exercices ont lieu tous les deux ans dans le cadre du Conseil euro-arctique de Barents et un accord contraignant a été signé sur ce sujet par les membres du Conseil arctique en mai 2011).
Pourtant, une étude de Frédéric Lasserre montre que les « autoroutes » arctiques n’attirent pas les armateurs, en particulier pour le transit, du fait du coût des navires spéciaux, des primes d’assurances plus élevées, des dangers de la navigation dans le secteur, de la difficulté de prévoir plusieurs semaines/mois à l’avance les dates de transit alors que rien ne prouve que le passage sera libre.

L’épineuse question de la revendication des espaces maritimes. 

 

La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, rentrée en vigueur le 16 novembre 1994, permet aux États de déposer un dossier d’extension de la ZEE auprès de la Commission on the Limits of the Continental Shelf jusqu’aux limites du plateau continental. L’océan arctique est ainsi le théâtre de plusieurs revendications afin de permettre aux différentes puissances arctiques de contrôler les ressources et les routes maritimes. La Russie a montré sa volonté en août 2007 en plantant par 4000 mètres de fond un drapeau en titane sur les limites qu’elle revendique depuis 2001. Si la limite de la ZEE russe n’est pas encore mis en place, le litige frontalier russo-norvégien concernant 175 000 km2 de mer a été réglé par la signature d’un accord le 27 avril 2010.
Le Canada revendique également une extension de sa ZEE tout en incluant la souveraineté sur l’ensemble des détroits séparant les îles de l’archipel arctique. Il s’oppose également avec le Danemark sur la possession de l’îlot de Hans et avec les États-Unis d’Amérique sur leur frontière maritime en mer de Beaufort.
Les États-Unis d’Amérique pourraient également souhaiter une extension de leur ZEE mais n’ayant pas ratifié la Convention de Montego Bay, ils ne peuvent en faire la demande.
La Norvège depuis 2006, le Danemark et l’Islande depuis 2009, ont officiellement demandé une extension délimitée de leur ZEE auprès de la CLCS.

Une relative militarisation de l’Arctique. 

 

Les revendications territoriales, la volonté de contrôler les ressources de l’Arctique amènent une montée en puissance relative des forces militaires dans la région.
La Russie, après avoir due les abandonner pendant de nombreuses années, a relancé les patrouilles de ses bombardiers stratégiques et a lancé un ambitieux programme de construction navale ; mais la déshérence de ses chantiers navals laissent penser que la flotte russe ne pourra être véritablement présente dans la région que dans une quinzaine d’années au minimum.
Le Canada a lancé la construction d’un port en eau profonde à Nanisivik mais il semblerait que ce ne soit finalement qu’une escale de ravitaillement. Une base militaire est également en construction à Resolute Bay. La construction de navires adaptés à l’Arctique n’avance pas malgré les promesses du gouvernement fédéral conservateur.
La Norvège mène depuis plusieurs années une campagne de construction navale (patrouilleurs de classe Svalbard, frégate de classe Nansen) destinée à affirmer ses positions dans la région.
Le Danemark, présent via le Groenland, considère la menace dans la région comme faible mais a tout de même crée une Arctic Response Force au cas-où.
Les États-Unis ne mènent aucune politique militaire particulière dans la région, ses efforts se portant désormais dans le Pacifique. Ils ont fermé il y a quelques années leur base islandaise de Keflavik mais restent présent au Groenland (base de Thulé).

Le cas de la République populaire de Chine. 

 

Les ressources de la région et l’ouverture des routes maritimes — synonyme d’une économie de 6400 kilomètres et 180 000 dollars de fuel entre Shanghaï et Kirgenes — ont amené la République populaire de Chine à s’immiscer dans la région : elle a mené, depuis une vingtaine d’années, quatre expéditions scientifiques en s’appuyant sur son brise-glace Xuelong (Dragon des neiges), ouvert une station polaire sur le site de Ny-Alesund dans les Spitzberg (la France y dispose également d’une station de recherche dédiée à la télédétection). Sa politique dans l’Arctique tourne principalement autour de sa candidature à la position observateur permanent au sein du Conseil arctique.
Après un premier échec en 2009, la Chine tente d’obtenir le soutien de plusieurs États afin de pouvoir retenter sa chance en 2013 et le contexte peut paraître favorable malgré l’existence de résistances :

  • elle a ouvert une très grande ambassade de 300 personnes en Islande, signée avec son gouvernement un accord de coopération énergétique et investi plusieurs millions d’euros dans son industrie du silicium ;
  • avec le Groenland, elle a passé un accord de coopération universitaire et prévu d’investir dans des mines ;
  •  la Chine a investi 16 milliards dans le secteur énergétique canadien ;
  • les relations sino-norvégiennes mises à mal par le prix Nobel de la paix 2010 se sont largement réchauffées (C’est une commission composée de membres du Storling — le Parlement monocaméral de la Norvège — qui remet le prix.) ;
  • la France, via son ambassadeur pour les pôles, Michel Rocard, soutient la candidature chinoise.

2. Sources

2.1 Atlas.

– Monde diplomatique, L’Atlas du Monde diplomatique. Un monde à l’envers, Paris,
2009.
– Monde diplomatique, L’Atlas du Monde diplomatique. Monde émergents, Paris, 2012.
– Monde diplomatique, L’Atlas de l’environnement, Armand Colin, Paris, 2008.
– Virginie Raisson, 2033. Atlas des futurs du Monde, Robert Laffont, Paris, 2010.

2.2 Rapports.

– « Arctic Biodiversity Trends 2010 – Selected indicators of change »,CAFF International Secretariat, Akureyri (Islande), Mai 2010. http://www.grida.no
– Johnsen, Alfthan, Hislop & Skaalvik, « Protecting Arctic Biodiversity », Programme des Nations Unies pour l’environnement/GRID–Arendal, 2010, http://www.grida.no 

 2.3 Articles.

– John Patrick Crump, « The future of the Arctic Council », Blog, UNEP/Grid–Arendal,
28 mai 2012, http://www.grida.no
– Frédéric Lasserre & Jérome Le Roy (entretien), « Le Grand-Nord. État des forces
en présence », Diplomatie hors-série n° 13, Paris, août–septembre 2010.
– Frédéric Lasserre, « Des autoroutes maritimes polaires ? Analyse des stratégies des
transporteurs maritimes dans l’Arctique », Cybergeo : European journal of geography [En ligne], Espace, Société, Territoire, article 537, mis en ligne le 31 mai 2011, consulté le 15 octobre 2012. URL : http ://cybergeo.revues.org/23751.
– Franck Tétart, « Arctique : état des lieux », Carto n°6, Paris, juillet–août 2011, p. 34-35.
– Franck Tétart, « La biomasse, énergie privilégiée par les pays nordiques », Paris, Carto n° 11, Paris, mai–juin 2012, p. 40.
– Franck Tétart, « L’Islande n’est pas à vendre…aux Chinois », Carto n°9, Paris,
janvier–février 2012, p. 40.
– Franck Tétart, « Une nouvelle cartographie de la banquise », Carto n°12, Paris,
juillet–août 2012, p. 40.
– Franck Tétart, « Le réchauffement climatique : déjà perceptible en Arctique », Carto n°7, Paris, septembre–octobre 2011, p. 45.
Charles Haquet, « Arctique : Pékin ne perd pas le nord », L’Express [En ligne], mis en ligne le 28 août 2012, mis à jour le 30 août 2012, consulté le 15 octobre 2012, URL : http://www.lexpress.fr/actualite/monde/pole/arctique-pekin-ne-perd-pas-le-nord_1153695.html

Politique énergétique et géopolitique européenne [édité].

Aujourd’hui, les Européens ont une empreint écologique trop importante qui constitue une menace pour notre avenir. Une large partie de cette empreinte est due à nos dépenses énergétiques qui proviennent essentiellement du pétrole et du gaz. Or, ceux-ci favorisent le changement climatique du fait de la production de CO2 lors de leur combustion (en particulier pour le pétrole). 
Pour lutter contre le réchauffement climatique, il est nécessaire de diviser par quatre nos émissions de CO2 et donc de réduire drastiquement notre consommation énergétique. Outre les énergies renouvelables, ce sont les gains en efficacité énergétique, en économies d’énergies qui nous permettront de réaliser cet objectif comme le propose l’association Négawatt. Si son scénario est destiné  à la France, sa philosophie est applicable à toute l’Union européenne et elle doit être appliquée.

La réalisation de ce scénario à l’échelle de l’UE ne serait pas sans conséquences géoéconomiques et géopolitiques, loin de là. Aujourd’hui, la dépendance énergétique de l’UE est colossale avec un taux égal à 53,9 % : on passe d’un État exportant plus d’énergie qu’il n’en importe avec le Danemark (-18,8 %) à un autre État comme Malte qui importe la totalité de ses besoins.
En 2010, l’Union européenne a importé 16 621 828 térajoules de gaz et 906 461 000 tonnes de pétrole brut et de produits pétroliers. La Russie représente ~25 % de nos importations dans les deux cas, suivie de la Norvège (9,11 % pour le pétrole mais 23,41 % pour le gaz). Pour le pétrole suivent la Libye (6,56 %), l’Arabie Saoudite (3,71 %), le Kazakhstan (3,43 %), l’Iran (3,31 %) entre autres. Pour le gaz suivent l’Algérie (11,95 %),  le Qatar (7,12 %), le Nigéria (3,03 %), etc.

En diminuant nos besoins énergétiques, nous diminuons nos importations, ce qui nous permettrait de reconquérir une large partie de notre souveraineté énergétique qui conditionne une partie de notre politique étrangère. De fait, nous lutterions de manière efficace contre les tentatives de la Russie de retrouver son hégémonie sur l’Europe de l’est en jouant sur le levier diplomatique mais également militaire en impactant le budget de État russe qui dépend en bonne partie des importations bien qu’elle puisse basculer ses exportation vers d’autres clients, la Chine en particulier.
Pour la Norvège, il n’est pas nécessaire de vouloir l’abaisser car elle ne fait pas pression sur l’Union européenne. De plus, les réserves norvégiennes sont de plus en plus faible et devraient s’épuiser d’ici dix à vingt ans d’après les chiffres fournis par BP (calcul personnel, BP Statistical review of world energy 2011)1.
Les autres États exportateurs se situent dans l’arc de crise qui court de l’Afrique de l’ouest à l’Inde. Les conflits y sont nombreux, les États instables : cela nécessite une vigilance particulière bien que les menaces directes sur les lignes d’approvisionnement soient faibles (piraterie) à l’exception d’une possible fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran en cas de guerre. C’est pourquoi une réduction de la consommation serait des plus intéressantes car elle nous permettrait de nous passer de ces États (certains dirigés par des dictatures) bien d’autres intérêts économiques soient présents.

Pour conclure, l’Union européenne a tout intérêt à appliquer le scénario Négawatt à son échelle afin d’accomplir deux objectifs de manière contiguë : la lutte contre le réchauffement climatique et une amélioration de son poids diplomatique. De plus, une telle politique devrait être créatrice de nombreux emplois non-délocalisables et de croissance avec une amélioration du pouvoir d’achat.

1. A l’occasion d’un échange de courriels, Philippe Rekacewicz, cartographe du Monde diplomatique, laisse entendre que les réserves seraient plus importantes du fait des découvertes récentes au large du Finnmark et de la hausse des tarifs qui permet d’exploiter des réserves non rentables jusqu’à présent. Il est donc probable que les réserves permettent une exploitation jusqu’en 2040 au moins.




Sources :


Site de l’association Négawatt.
Base de données Eurostat sur les importations d’énergie.
BP Statistical review of world energy, BP, juin 2011.

Petite géopolitique du conseil de sécurité des Nations Unies.




Depuis sa création , le Conseil de sécurité des Nations Unies (CS-ONU) est chargée de :
  • Maintenir la paix et la sécurité internationales, conformément aux buts et aux principes des Nations Unies;
  • Enquêter sur tout différend ou toute situation qui pourrait entraîner un désaccord entre nations;
  • Recommander des moyens d’arranger un tel différend ou les termes d’un règlement;
  • Élaborer des plans en vue d’établir un système de réglementation des armements;
  • Constater l’existence d’une menace contre la paix ou d’un acte d’agression et recommander les mesures à prendre;
  • Inviter les Membres à appliquer des sanctions économiques et d’autres mesures n’impliquant pas l’emploi de la force armée pour prévenir une agression ou y mettre fin;
  • Prendre des mesures d’ordre militaire contre un agresseur;
  • Recommander l’admission de nouveaux membres et les conditions dans lesquelles les Etats peuvent devenir parties au Statut de la Cour internationale de Justice;
  • Exercer les fonctions de tutelle de l’ONU dans les «zone stratégiques»;
  • Recommander à l’Assemblée générale la nomination du Secrétaire général et élire, avec l’Assemblée générale, les membres de la Cour internationale de Justice.
Il est composé, depuis 1966, de 15 membres dont 5 permanents. Soit pour ces derniers — grands vainqueurs de la seconde guerre mondiale et membres du groupe restreint des détenteurs de l’arme atomique/nucléaire — les États-Unis d’Amérique, la Russie (ex-URSS), la Chine (après éviction de Taïwan le 25 octobre 1971), le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord et la France. Les dix autres membres sont renouvelés tous les ans par moitié pour des mandats de deux ans (il y a quelques cas de mandats d’un an).

L’appartenance  au conseil de sécurité de l’ONU est prestigieuse et donne une importance certaine à l’élu durant son mandat. Le renouvellement des mandats prouve bien entendu une importance manifeste de l’État sur l’échiquier politique mondial. Bien sûr, la date d’entrée au sein de l’Assemblée générale de l’ONU en tant que membre à part entière à un impact non négligeable : la Corée du sud ne l’est que depuis la disparition de l’URSS en 1991 tandis que la Suisse ne l’est que depuis 2002 avec la fin de sa « neutralité ». 

L’Amérique du nord, l’Europe occidentale, l’Amérique du Sud et le sous-continent indien concentrent les États ayant été le plus élus tandis que l’Océanie, l’Afrique, les Balkans, les Proche et Moyen-Orient ont été peu représentés. Pour ces derniers, cela s’explique principalement par des entrées relativement récentes et/ou une faible importance diplomatique des États concernés. Les Kiribati, entrés en 1991, cumulent également avec une faiblesse diplomatique extrêmement forte comme l’ensemble des « micro-États » du Pacifique. Ce raisonnement est également valable pour les États de l’ex-URSS. L’Australie et la Nouvelle-Zélande souffrent d’un certain isolement géographique cumulé avec l’influence du Royaume-Uni avec le Commonwealth. 

Les États africains ont longtemps souffert d’un défaut de légitimité qui a divisé les nominations. L’Afrique du sud, un des BRICS, du fait de l’apartheid, n’a pu être élu durant longtemps mais son développement lui a permis de l’être en 2007 et en 2011. La  puissance des BRICS se retrouve bien dans leur représentativité puisque le Brésil détient le record des élections (10 fois) tandis que l’Inde l’a été 7 fois ; mais c’est un phénomène qui n’est pas nouveau. Le Pakistan détient également 7 nominations, à égalité avec son rival et voisin indien. 

L’Amérique du sud, outre le Brésil, a été bien représenté avec l’Argentine, la Colombie ou encore Panama. Pour ces deux derniers, on doit sans doute y voir l’unfluence de Washington. Le Canada, régulièrement élu, doit sans doute cette position au fait qu’il a longtemps été l’un des principaux pourvoyeur de casques bleus tout en privilégiant le multilatéralisme. 

Le Japon, longtemps seconde puissance économique mondiale, co-détient le record d’élection avec le Brésil.

Données :

Utopie (?) : vers la constitution d’une marine de guerre européenne.

Bien que n’étant absolument pas spécialiste de la marine et de ses enjeux – je laisse cela à messieurs Coutau-Bégarie, Henrotin et « Colbert » – ce petit article a pour but de lancer une petite tempête de cerveau si certains le souhaite.
Bien que l’Union européenne traverse une crise sans précédent menaçant selon certains de la faire disparaitre, il est probable qu’elle s’en sorte grâce à un saut fédéral budgétaire1. Concernant la marine, la constitution d’une force navale européenne (FNE) me parait prometteur puisque cela permettrait de régler les problèmes de budget et de volume insuffisant des forces (sujet « préféré » du Marquis de Seignelay cité ci-dessus) grâce à une mutualisation des matériels2, des procédures et ce pour les trois missions suivantes :
            • action de l’État en mer, le cumul des ZEE des États-membre faisant de la ZEE européenne la première du monde3 ;
            • défense des côtes et des voies commerciales ;
            • projection des forces.
Afin d’y répondre, la FNE serait constituée de trois composantes :
            • une composante côtière équipée de patrouilleurs furtifs et non-furtifs ,– armement : missiles, canons, drones… –, d’avions de patrouille, de radars côtiers… ayant pour missions le sauvetage, le contrôle de la ZEE en terme de police mais également contre des navires de guerre grâce à la techno-guérilla navale ;
            • une composante hauturière/océanique composée de 3 portes-avions, de plusieurs portes-aéronefs/hélicoptères, de BPC, de sous-marins, de navires de guerre lourd (nombreux missiles, canons, drones) plus ou moins spécialisés (lutte anti-aérienne [AA]/sous-marine [ASM]…) ;
            • une composante « sealift » dont les navires répondant à des normes civilo-militaires seraient loués en temps de paix à des compagnies de commerce et récupérés pour des mission de projection en cas de besoin.
La mise en place d’une telle force ne paraît pas trop compliquée, les différentes marines nationales ayant déjà l’habitude de collaborer au sein de l’OTAN ou de l’EUROMARFOR. Il ne s’agit pas ici de constituer des équipages multinationaux du fait du problème de la langue4 et du maintien des navires sous le pavillon national pour des missions autonomes, l’UE étant encore pour longtemps divisible en terme de politique étrangère. D’ailleurs, les forces océaniques stratégiques française et britanniques ne pourraient rentrer dans ce système du fait de l’autonomie de la dissuasion nucléaire.
Notes.
1 Malgré tout, la disparition de l’UE, nonobstant les premiers et lourds désagréments, pourrait se révéler bénéfique en permettant de reconstruire une UE sur des bases plus solides, plu démocratiques, plus sociales tout en évitant les erreurs de conception actuelles.
2 Mais cela pose la question de l’avenir des différentes industries de construction navales.
3 Je ne dispose pas du chiffre exact, les différents statuts des territoires annexes posant problème.
4 Bien que l’on connaissance ma position dessus : l’espéranto.

Pourquoi la France (et l’Union européenne) doit soutenir la Palestine et non Israël.

Avertissement : Je ne remet en aucun cas l’existence d’Israël en cause. 




Actuellement, la France et l’Union européenne, malgré une aide financière, ne fait pas grand chose pour soutenir la formation d’un État palestinien viable alors qu’elle se couche (presque) devant Israël1, État ne respectant pas de nombreuses résolutions de l’ONU, contrôlant l’accès à l’eau, construisant une barrière favorisant sa colonisation de la Cisjordanie. Ce soutien à Israël n’est pourtant pas très logique, ou plutôt peu rationnel2, puisqu’ils existent plusieurs raisons d’inverser le soutien, notamment par une solide mission militaire :

  • Légal & moral: Israël ne respecte pas résolutions et traités ;
  • Économique : les États de la région soutenant plutôt la Palestine (le renversement actuel de certains régimes alliés à Israël peut renforcer cette idée), il serait logique de s’en rapprocher, surtout que la balance commerciale française avec Israël n’est bénéficiaire que de 100 millions d’euros quand celle-ci est d’ores et déjà bénéficiaire de 3,6 milliards avec le trio Émirats arabes Unis-Arabie Saoudite-Iran3.
  • Diplomatique : le prestige que rapporterait un soutien à la Palestine serait plus important que celui que nous rapporte le soutien à Israël. Surtout, si la France et/ou l’UE parvenait à renvoyer Israël dans des frontières acceptables. 
  • Électoral (mauvais argument, je vous l’accorde) : les musulmans représentent environ 7 à 10 % de la population française quand les juifs ne représentent que moins de 1 % de cette dernière. 


Notes
1. Alain Gresh, « Tel-Aviv piétine ses alliés », Monde diplomatique n°673, avril 2010.
2. « On fait une fréquente confusion entre une décision « rationnelle » et une décision « logique ». Or, les deux concepts doivent être distingués avec rigueur. Il faudrait donc limiter l’emploi de « rationalité » à la description d’un processus de décision où :
(a) Le décideur choisit à partir d’hypothèses de type « H » (de H1 à Hn) la décision « x » plutôt que d’autres décisions « y », « z »… car elle est supposée permettre d’aboutir au résultat A, qu’il considère comme plus souhaitable que B, ou C…
(b) Les hypothèses de type « H » sont considérées comme ayant un rapport raisonnable avec l’état réel de l’environnement.
C’est la combinaison de ces DEUX hypothèses (a) et (b) qui permettent de parler d’une décision « rationnelle ». Si nous avons seulement (a), le processus de décision est logique mais pas rationnel. Il y a en effet des postures logiques qui sont pathologiques (chez les paranoïaques par exemple). Si nous avons (b) mais pas (a), nous sommes en présence d’un décideur « réaliste » mais « incohérent logiquement », ce qui arrive pour des situations où des conflits d’intérêts et de personnes ne permettent pas de stabiliser la définition de l’objectif souhaité
. » Jacques Sapir, Uchronie et réalisme. Ou comment diverger sans divaguer.
3. Données INSEE sur les exportations et importations de la France dans le monde.

Le sacrifice suprême au service de la paix : les morts de l’ONU.

Source : ONU.
Depuis la création de l’ONU, 2900 médailles Dag Hammarskjöld ont été décernées. Malheureusement, pour l’ensemble des titulaire de cette récompense mise en place sous Kofi Annan, celle-ci n’est décernée qu’à titre posthume aux membres de l’ONU décédés au cours d’une mission de maintien de la paix.




I. Les pertes : statuts des tués et causes des décès. 

SOBOCINSKI Antoine.

 
Si 69 % des décès furent accidentels ou dus aux maladies, les morts violentes ne représentant que 26 % des décès, les militaires et les observateurs militaires (les casques bleus) avec un effectif de 2207 morts constituent la grande majorité (soit 76 %) de cette « population ». 


Les personnels civils, si l’on n’y intègre pas les membres des forces de police, représnetent une part non négligeable des pertes avec 489 tués. On remarqura que les pertes autochtones sont plus nombreuses.


















SOBOCINSKI Antoine

SOBOCINSKI Antoine.

Les graphiques ci-contre (dont 2 avec des échelles logarithmiques) représentent pour chaque année le nombre de décès et la cause de ceux-ci. Si l’on excepte les années 1961 (105/155 †) et 1993 (127/282 †), les pertes par mort violente (dont la première victime fut le commandant français René de Labarrière (1899-1948)) sont relativement rares par rapport aux morts accidentelles dont l’élément emblématique est la décimation de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH) lors du séisme du 12 janvier 2010. À l’exception des années 1961, 19931-1995, le nombre de décès ne fut jamais supérieur à 100 jusqu’à l’année 2003. Depuis, sept années ont dépassé cette limite. 





II. Les contributions étatiques et les pertes par État.






99 210 militaires, experts militaires et policiers servaient à la date du 31 mars au sein des différentes missions de l’ONU. Les principaux contributeurs, qui fournissent plusieurs milliers d’hommes, jusqu’à 10 600 pour le Bangladesh, 10 580 pour le Pakistan ou encore 8 657 pour l’Inde, sont tous des pays du Sud avec une belle concentration sud-asiatique et 4 des 5 membres de club des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Les pays du Nord contribuent moins en terme de force mais financent largement les opérations. Cette moindre participation humaine s’explique par le fait que les indemnités que versent l’ONU ne couvrent pas le coût d’un soldat « occidental » tandis que les autres pays acquièrent ainsi de l’expérience et des financements. Malgré tout, la participation de l’Italie, de la France et de l’Espagne n’est pas si négligeable avec respectivement 1 744, 1 471 et 1 113 hommes fournis2. Si les contributions occidentales sont plus faibles, les pertes accumulées au cours de l’histoire laisse transparaitre un certain équilibre. Trente-quatre États ont fournis 74,83 % des pertes onusiennes avec une « contribution » égale ou supérieure à 1,0 % chacun.


SOBOCINSKI Antoine.

Le « top 10 » est le suivant :

  1. Inde (4,83 %)
  2. Ghana (4,41 %)
  3. Pakistan (4,21 %)
  4. Canada (4,17 %) 
  5. Nigeria (3,97 %) 
  6. France (3,72 %) 
  7. Bangladesh (3,62 %) 
  8. Royaume-Uni (3,52 %) 
  9. Irlande (3,10 %) 
  10. Zambie (2,48 %). 

SOBOCINSKI Antoine





 Signalons que le Canada ne fournit plus que 221 hommes alors que ses participations étaient bien plus importante anciennement3.




Notes.
1. Année record avec 252 morts. 
2. Ils se retrouvent presque tous au sein de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL).
3. Géopolitique le débat, émission RFI du 27 février 2011.




Sources.
Statistiques de l’ONU sur les pertes.
Contributions des États : Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix

Vers une confédération belge ?

La crise politique qui touche le royaume fédéral de Belgique depuis un an maintenant (pour l’absence de gouvernement) pose la question de la survie de la Belgique. L’affrontement entre les deux principales communautés de cet État, Wallons francophones contre Flamands néerlandophones, n’a pour ainsi dire aucune chance de déboucher sur un compromis. De nouvelles élections amèneraient également un renforcement des positions des indépendantistes flamands et donc une continuation du blocage politique voire à une sécéssion à plus ou moins long terme.
Le gouvernement « des affaires courantes » d’Yves Leterme dirige le pays depuis un an grâce aux nombreuses compétences relevant des régions. Aussi, il ne parait pas absurde d’imaginer une large réforme constitutionnelle (pour ne pas dire bouleversement) amenant la formation d’un État confédéral avec le roi comme liant et les fonctions régaliennes (affaires étrangères, défense et justice) dépendant d’un gouvernement confédéral dont les membres tourneraient tous les six ou douze mois. L’ensemble des fonctions sociales et économiques dépendant des régions, comme le veulent les Flamands. Les Wallons ne disposeraient plus des transferts financiers actuels, à eux de trouver une solution (la concentration des structures confédérales, l’armée en particulier, en Wallonie pourrait être une partie de la solution). Par contre, la région disputée de Bruxelles deviendrait un district européen, la capitale confédérale pouvant être Namur ou Liège -capitale politique en Wallonie, la capitale économique en Flandre.
Le problème avec une telle solution, c’est la faiblesse des structures « macroétatiques », la séparation définitive n’étant pas loin.

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