Réflexion sur la bombe nucléaire et la construction européenne.

« Signalons d’ailleurs, à propos du débat nucléaire en cours (15 commentaires en dix jours à la suite de mon billet) qu’il ne faut pas se tromper : quand on dit « l’Europe c’est la paix« , on se trompe : en fait, c’est la paix qui permet l’Europe. Et c’est la bombe qui permet la paix. Vouloir sortir de la bombe au motif qu’on est en paix revient à ne pas apercevoir les liens de causalité. Sortir du nucléaire revient à permettre le retour de la guerre classique… »
Olivier Kempf, 

Égéablog.


Pour M. Kempf, auteur de l’excellent bloc-note Égéa, la bombe atomique, puis nucléaire, a permis de maintenir la paix en Europe et donc la construction de ce qui est aujourd’hui l’Union européenne. Si l’équilibre nucléaire durant la guerre froide entre les deux blocs a effectivement permis le maintien d’une paix (chaude) et donc la mise en place des bases des institutions européennes, je ne pense pas que ce raisonnement soit encore pleinement valable au sein de l’Union européenne.
 
En effet, depuis la chute du bloc soviétique, la CEE est devenue l’UE après avoir intégrée les pays d’Europe de l’Est, attirés par les lumières de l’Occident démocratique et capitaliste. La construction européenne a ammené une interdépendance économique extrêmement forte entre les États-membres, un certain sentiment d’appartenance à une communauté (lien plus ou moins fort selon les États et les générations), un renforcement du pacifisme (?). Ceci permet donc une stabilité intra-européenne qui empèche de facto l’émergence d’un conflit classique ou du moins une dissuasion classique car aucun État ne pourrait faire face aux armées des autres membres de l’UE, couplées à un désastre économique qui étoufferait le pays même sans combat sur le territoire. 
 
Bien sûr, en rajoutant la détention de l’arme nucléaire par deux États (France & Royaume-Uni), l’apparition d’un conflit classique devient tout de suite impossible bien que son usage me parait difficile dans ce cas. En effet, l’utilisation d’une telle arme contre la population (puisqu’il est impossible de ne cibler que des forces militaires, sauf force navale ou aérienne) ne pourrait se justifier que par le risque de disparition pure et simple de l’ État détenteur de la bombe, ce qui est impossible, l’adversaire européen pouvant être vaincu par des moyens classiques (défense et économie) bien que coûteux en vie humaines. L’utilisation de la bombe H sur un État de l’UE pourrait donc être qualifiée de crime de guerre et de crime contre l’humanité ; l’État utilisateur passera alors comme l’équivalent d’une Allemagne génocidaire. En fait, l’arme nucléaire ne pourrait être utilisée que comme arme à impulsion électromagnétique, et encore…
 
Par contre, l’arme nucléaire joue encore son rôle de faiseuse de paix et donc d’outil de construction européenne en empéchant toute guerre classique contre l’UE elle-même, bien qu’une telle attaque soit difficilement imaginable. Mais attention à la surprise stratégique. 
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