L’échec des services de renseignement norvégien

L’attentat qui a frappé le 22 juillet la Norvège serait finalement politique vu le profil de l’auteur de la fusillade : les cibles étant le gouvernement et un camps de jeunes travaillistes (parti politique au pouvoir). Premier attentat réussi touchant la Norvège, on peut émettre les explications suivantes pour la non-détection par les services de renseignement intérieur norvégien (Politiets Sikkerhetstjeneste) :
  1. Anders Behring Breivik (s’il s’agit bien de lui) a peut-être agit seul pour commettre cet attentat, ce qui rend la détection de tels agissements extrêmement difficile. Mais s’il n’a pas de passé militaire, où a t-il récupéré les connaissances necéssaires pour créer la bombe ? S’il a utilisé internet, il a dû utiliser de nombreux moyens pour se couvrir : proxy, Tor… Il est également possible qu’il ait récupéré des ouvrages sur le sujet, auprès d’autres membre de groupuscules d’extrême-droite, mais dans ce cas-là, il n’a pas agit seul.
  2. Étant agriculteur, il a pû récupérer de grandes quantités d’engrais pour créer sa bombe. Mais n’étant pas expert en explosif, quelles quantités furent nécessaires et est-ce que cela n’aurait pas pu paraître suspect ? Sinon, quels explosifs a-t-il utilisé et comment se les ait-il procurés ?
  3.   La Norvège ayant été menacée à plusieurs reprises par des groupes terroristes islamistes, il est très probable que les services de renseignement norvégien aient concentraient leurs moyens de surveillance sur les membres de la mouvance islamiste norvégienne au détriment de la surveillance des groupuscules d’extrême-droite. En conséquence, on peut prévoir soit une réorientation de ces moyens, soit une augmentation de ceux-ci. 
Bien que ce double attentat constitue un échec pour le Politiets Sikkerhetstjeneste, cela ne remet pas en cause leur travail puisque la problème des services de renseignement, c’est qu’en général, on ne connait que les échecs. 
Lors des dernières élections, l’extrême-droite norvègienne a rassemblée 22,9 % des voix. Il sera intéressant de voir quel sera l’impact de ces attentats sur le soutien à l’extrême-droite. 
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    Les services de renseignement en France et aux États-Unis d’Amérique.

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    Le renseignement repose sur un certain nombre de techniques dont les principales sont  :
    • Le renseignement d’origine sources ouvertes (ROSO) qui représente au minimum 80% de l’information disponible : internet, livres, journaux…
    • Le renseignement d’origine humaine (ROHUM) qui repose sur la récupération de l’information auprès des personnes la possédant, le plus souvent par manipulation1.
    • Le renseignement d’origine opérationnelle (ROOPS)qui repose sur la récupération de l’information par des moyens spéciaux : effraction, surveillance, infiltration2
    • Le renseignement d’origine électromagnétique (ROEM) qui repose sur la récupération de l’information grâce aux radars, lasers, écoutes téléphoniques, la cryptanalyse…
    • Le renseignement d’origine image (ROIM) ou géographique qui consiste en l’utilisation des satellites d’observations, des avions.

    Ces différentes formes de renseignement sont utilisées pour remplir un certain nombre d’objectifs : renseignements militaire, politique, économique3 ; contre-terrorisme ; contre-prolifération ; contre-ingérence/espionnage. Ces différentes fonctions sont réparties entre plusieurs entités, le plus souvent entre des services de renseignement extérieur et intérieur. Mais elles sont le plus souvent plus nombreuses. Ainsi, les États-unis d’Amérique disposent de 17 agences reconnues et la France, 6.
    Les budgets des deux communautés de renseignement sont extrêmement différents, le budget de certaines agences étasuniennes, voire toutes, est supérieur au budget de la défense français. Depuis 2001, les États-unis d’Amérique ont fait exploser budget, moyens et effectifs comme l’a montré une enquête du Washington Post portant sur l’espionnage des étasuniens eux-même, la multiplication des officines privées entre autres (voir plus bas). 
    Si les moyens français sont inférieurs, ils restent efficaces, soutenus par une législation particulière, et montent en puissance depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à la présidence. Ainsi, une direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), résultat de l’absorption de la plus grande part de la DCRG (les renseignements généraux) par la Direction à la sécurité du territoire (DST). Ce développement met fin (?) en partie au retard en terme de culture du renseignement des dirigeants français et de la population en général4.
    Que ce soit aux États-Unis d’Amérique ou en France, le renseignement technique, et plus particulièrement l’informatique, prend de plus en plus d’importance. Ainsi, on peut citer pour les États-Unis d’Amérique la société Palantir qui a développé un outil (à priori génial) de traitement de l’information et de recoupement de celle-ci. La France ne se débrouille pas si mal en terme de renseignement technique, bien qu’il soit impossible de rivaliser avec la NSA et son réseau Echelon. Mais apparemment, le développement de la cryptographie au sein du grand public pour raisons professionnelles ou personnelles (plus ou moins légales) cause quelques problèmes aux services.


    1 On peut se référer aux différents romans de l’écrivain britannique John Le Carré.
    2 On peut se référer ici au personnage de Jason Bourne ou dans la réalité au 13ème régiment de dragons parachutiste (13ème RDP).
    3 L’intelligence économique (voir la vidéo de promotion de la CEIS) est un élément majeur de la « guerre économique » qui fait rage aujourd’hui. Nombreuses sont les chambres de commerce et d’industrie à diffuser des conseils de protection, l’Agence nationale de sécurité des systèmes informatiques (ANSSI) fait de même.
    4 On pourra se référer au site du CF2R qui milite depuis plusieurs années sur ce sujet. 
    Liens :