L’action contre Marine Le Pen à Paris-Dauphine était-elle légitime ?

Le mardi 6 décembre, Marine Le Pen, présidente d’un Front national (FN) qu’il n’est pas nécessaire de présenter1, était invitée à participer à un débat économique sur une invitation de l’association Dauphine Discussion Débat de l’université Paris-Dauphine. Or, un certain nombre d’associations, étudiantes ou non – c’est à dire l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), SOS Racisme, l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), l’Union des étudiants communistes, la Confédération étudiante (Cé) – ont manifesté leur mécontentement contre la venue de Mme Le Pen sur le campus universitaire du fait des idées de celle-ci. Au cours de la manifestation, l’amphithéâtre où devait avoir lieu le débat a été envahi, du matériel vidéo apparemment endommagé et un des membres de Dauphine Discussion Débat frappé2.

Si les idées de Mme Le Pen sont extrêmement dérangeantes, et le mot est faible, une telle manière de se comporter est-elle valable, surtout lorsque l’on revendique de protéger la démocratie ?


Et bien, au vu des nombreux articles sur les libertés d’expression, de réunion, d’opinion des Déclarations des droits de l’homme & du citoyen ,– que l’on trouvera rassemblés ici – , la réponse est évidemment négative. En effet, Mme Le Pen a tout à fait le droit de défendre des idées, même XXXX, si le législateur n’a pas voté de loi contre, de diffuser ses idées de la manière qu’elle le souhaite y compris, et surtout, dans le cadre d’un débat démocratique pacifique.

C’est pourquoi, au vu de ces faits, un certain nombre de personnes pensent que l’action de ces associations – y compris les instances nationales auxquelles la Confédération étudiante de La Rochelle est affiliée – constitue une erreur à partir du moment que la manifestation a dégénéré, le débat empêché ; surtout que celui-ci aurait été l’occasion de démonter intelligemment et systématiquement l’argumentation de Mme Le Pen dans le plus pur respect des valeurs démocratiques et républicaines qui sont les nôtres.

1 Au cas où, il s’agit d’un parti politique xénophobe car anti-immigration, anti-européen car nationaliste, etc.

2 Source : Bloc-note Droite-extrême sur lemonde.fr
Publicités

Vers une Europe fédérale : quelle langue de travail ?


Cet article a été publié originellement publié sur le site de Sauvons l’Europe.

La crise économique et budgétaire qui touche les États membres de l’Union européenne, et plus particulièrement la Grèce, a amené la création d’instruments de solidarité budgétaire (Fonds européen de stabilité financière/FESF). Mais comme le demande certaines personnalités (Virgilio Dastoli, Jean-Michel Baylet, Alain Juppé), associations (Sauvons l’Europe) ou partis politiques (PRG par exemple), la constitution d’un véritable État fédéral, des États-Unis d’Europe (EUE) semble nécessaire, inévitable à plus ou moins long terme.

Mais même si une Europe fédérale était constituée avec des institutions démocratiques élus par l’ensemble des citoyens européens, ces derniers conserveraient une autre nationalité, celle d’un des États fédérés dont ils sont membres. Ces États resteraient des États-nations car il ne serait pas possible de faire disparaître ce qui fait leur force : une histoire longue, parfois millénaire ; des habitudes culturelles, sociales mais surtout une (ou plusieurs) langue(s).

Or, une Europe fédérale implique des institutions communes (qui existent déjà en partie) et donc de communiquer. Aujourd’hui, le multilinguisme est largement utilisé, puisque obligatoire, il concerne essentiellement les documents finaux et les principales réunions et assemblées1. Pour les autres documents et réunions de moindres importances, le multilinguisme se limite au mieux à trois langues (allemand, anglais, français) mais plus souvent à une seule, l’anglais.

Or, l’établissement d’un véritable État fédéral doit amener un respect total entre les différentes langues nationales, une véritable égalité. Or, il n’y a que deux solutions : 
  • le multilinguisme intégral ; 
  • l’espéranto.

Le multilinguisme intégral a l’avantage de respecter l’ensemble des langues mais est coûteuse et difficile à mettre en œuvre à cause du besoin de très nombreux traducteurs et des relations plus difficiles entre députés, fonctionnaires… du fait de l’absence de vecteur de communication commun neutre.

Or, ce dernier existe d’ores et déjà bien que peu utilisé : la langue dite de Zamenhof, l’espéranto. Sa simplicité et son faible coût d’apprentissage2, sa neutralité, son efficacité dans la traduction et la communication – soulignée par feu l’espérantiste Claude Piron dans Confession d’un fou – lui donne une légitimité certaine pour devenir la lingua franca des futurs États-Unis d’Europe. L’espéranto permettrai de faciliter la communication, les échanges au Parlement européen, dans les différentes agences et administrations européennes pour ce qui est des institutions européennes mais également dans d’autres domaines : 

  • le monde universitaire qui historiquement à toujours eu une langue véhiculaire pour permettre à l’ensemble de ses membres de communiquer par l’écrit (livres, articles…) ou la parole (colloques…) ;  
  • la défense européenne puisque les différentes armées existantes n’ont plus (ou presque plus) les moyens de fonctionner seules en cas de projection sur des théâtres d’opérations extérieurs. L’espéranto serait en plus un symbole de la construction de la défense européenne que l’OTAN, dominée par les États-Unis d’Amérique et donc de langue anglaise, gène.


Pour conclure, je rappellerai que l’absence de langue de travail commune empêchera la formation d’une véritable fédération des États-nations européens respectant toutes leurs différences culturelles, la langue anglaise ne pouvant alors jouer ce rôle. Enfin, l’espéranto n’a aucunement pour but de remplacer les langues nationales, sa valeur propédeutique devant même faciliter l’apprentissage d’autres langues.

 

Notes.
 
1« En ce qui concerne la pratique de l’interprétation, le Parlement européen se distingue des autres organes de l’UE en ceci que le principe du multilinguisme global contrôlé y est respecté dans le travail quotidien. Ceci signifie qu’un service d’interprétation est assuré à partir de toutes les langues officielles de l’Union européenne et vers ces langues. À l’exception de réunions plus restreintes, les séances plénières et les réunions des instances, commissions et groupes parlementaires bénéficient d’une interprétation selon le même principe, dans la mesure où la capacité du service d’interprétation le permet. Pour les langues moins répandues, on vérifie, avant les réunions de plus petites instances, si des députés ayant pour la langue maternelle l’un des ces idiomes rares doivent y participer. Le droit de chaque parlementaire à bénéficier d’une interprétation des débats et de ses propres interventions dans sa langue maternelle est ancré dans le règlement du Parlement. Le Parlement européen incarne ainsi, dans son effort pour garantir l’utilisation de toutes les langues officielles dans la pratique parlementaire, la diversité linguistique de l’UE. » Source : Site de l’Europarlement.
2Soulignés par le rapport de François GRIN, L’enseignement des langues étrangères comme politique publique.